Madame Carambar

Une kiosquière sans journaux

Le milieu du monde, le monde du milieu

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Le kiosque de César-Roux de MADAME CARAMBAR est au croisement de plusieurs axes routiers qui relient la ville du sud au Nord et d’Est en Ouest. En amont, on trouve le quartier du Vallon. Ce quartier n’a plus qu’une petite épicerie, et finit en cul-de-sac par une forêt et la déchetterie de la ville.Il n’existe depuis longtemps plus de boulangeries, boucheries ou supermarchés. Le quartier est constitué de logements, de deux théâtres, d’ateliers, de centres culturels, de dépôts, de petits artisans, de garages et de lieux d’accueil sociaux.Au Sud, la route Saint-Martin descend en direction de la rue Centrale, véritable centre de la ville de Lausanne. Cet axe connaît un trafic très dense, et se termine en amont du quartier du Tunnel autre carrefour important qui permet au flux de véhicules de traverser la ville d’est en ouest. Il sert de lieu de ravitaillement pour les habitants du Vallon qui s’y rendent pour faire leurs courses.

Le kiosque est à l’angle d’un locatif des années 1940.

Le kiosque uniformisé, l’anti-thèse du kiosque de quartier.

Les kiosques Naville et Relay ou le monde du « milieu »: ils font partie d’une chaîne européenne et disposent d’un plan stratégique imposé d’en haut, pour atteindre un taux de rendement maximal. Pour cela, la stratégie est simple : rendre le client anonyme pour accélérer la vente et pour faciliter plus particulièrement la vente des cigarettes et des revues pour adultes. Définir le kiosque rationnellement de l’intérieur à l’extérieur ; séparer en plusieurs entités le contenu du kiosque pour mesurer les bénéfices de chaque catégorie. Produire des espaces publicitaires, franchiser pour réduire les risques et les coûts salariaux.

 

Le kiosque comme commerce aménagé par les besoins des clients ou le milieu de monde.

Il est contraint de ‘coller’ à son environnement local, d’apporter le complément par rapport à ce qui manque dans les alentours. L’un vendra des journaux suisses alémaniques, l’autre des journaux portugais. Le kiosquier indépendant est concerné par les besoins de ses clients. (…) Alors que le commerce de détail subit des mutations fondamentales qui tendent pour la plupart vers une concentration hors des quartiers résidentiels, les kiosques de quartier – qui forment la majorité des membres de l’association – jouent un rôle essentiel dans la vie des agglomérations et des villages privés de services de base. Outre le fait qu’ils permettent aux personnes à mobilité réduite, souvent âgées, de s’approvisionner en nombreux produits de première nécessité en plus de la presse, du tabac et de la confiserie, les kiosques indépendants, très impliqués dans la vie du quartier, jouent un rôle important de relais social. Certains d’entre eux ont aussi repris des activités postales, assurant ainsi le maintien de ces services dans les quartiers excentrés.Pour les autorités, à l’heure où l’on cherche à restreindre l’accessibilité aux jeunes de certains produits comme le tabac, les kiosques indépendants forment un réseau fiable de professionnels à qui le contrôle sur les ventes peut être délégué en toute sécurité.

Guy Troenli, Fédération Suisse des Négociants en Tabacs, Journaux et articles divers FSNTJ

Extrait d’interview d’un politicien du parti « A gauche Toute », fils de kiosquier, habitant du quartier:

J’habite à la rue Curtat qui est juste à côté. Je vais souvent notamment au théâtre, au Pulloff au 2- 21 (situé dans le quartier du Vallon), donc c’est un lieu que je fréquente assez régulièrement, voilà. Alors cela doit faire une année et demi ou deux je pense que j’ai vu, j’ai lu ça dans un journal puisque j’avais encore accès à un journal dans le quartier et…. Mon sang n’a fait qu’un tour, il faut voir, je suis né à Lausanne de parents qui avait un kiosque eux-mêmes. Pour moi cela m’a rappellé quelque chose, les kiosquiers sont des gens qui gagnent mal leur vie, petitement leur vie, le bénéfice sur un journal, c’est misérable … .Dans les années 60-70 et 80, le kiosque de ma mère, c’était l’endroit où à 10 heures, les dames et les messieurs et le facteur du quartier venaient boire le café. C’était l’endroit où on pouvait avoir quelqu’un qui passe et qui achète ce qu’il a à acheter en 30 secondes, ou quelqu’un qui reste 2-3 heures quand même à discuter. Donc ça quand on prend un kiosque Relay de la gare, ben, ça va très vite. Moi je pense que le kiosque a aussi un rôle social. Il y a trois entités importantes qui avaient un rôle social, et ces trois entités disparaissent, les unes après les autres, les épiceries, les kiosques, et les postes disparaissent. Je pense qu’au niveau de la qualité de vie et même de la stabilité sociale d’une ville, c’est assez grave.

Interview mars 2007  

 

 

 

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Written by Tilo Cosimo

15 février 2008 à 1 h 00 min

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