Madame Carambar

Une kiosquière sans journaux

KIOSQUE ET TRAVAIL

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 J. Jacquet /  Radio France, 2005

Kiosques: les précieux édicules

 Il est 6h30, Paris s’éveille. Benoît Larigaldie arrive à vélo, « été comme hiver. Ça me fait faire un peu de sport » sourit-il. C’est pourtant maintenant que la gymnastique commence. Aux quatre coins de son kiosque, situé à la sortie du métro Liège, il récupère des quantités impressionnantes de journaux et de magazines. Ils ont été livrés par les messageries, pendant la nuit, et envahissent les 3m² que fait l’édicule. Il ouvre les colis, range où il peutles six cents exemplaires des soixante-six titres différents qu’il a reçus aujourd’hui. Il y en a partout : à gauche, à droite, devant, derrière, au-dessus de lui et à ses pieds. « Il faut le voir pour le croire » lance Benoît. Les gestes sont précis, maintes fois répétés depuis plus de quatre ans qu’il est titulaire de ce point de vente. Ce qui lui permet d’ouvrir ses portes dès 7 heures. En réalité, seuls les quotidiens sont déjà en place pour accueillir les premiers clients qui, pressés, se dirigent vers leur lieu detravail. Le reste des publications est installé une heure plus tard. Pas question pour autant de se reposer : entre 8 et 10 heures, c’est l’une despériodes d’affluence.

 Marchands de journaux par accident.

C’est aussi le moment choisi par Eric Travert pour ouvrir son kiosque. Sur le boulevard des Capucines, à côté de la Madeleine, il attire une clientèle trèsdifférente – des touristes, des cinéphiles etc. – et se lever plus tôt ne serait pas rentable. A 46 ans, il « fait le trottoir » dans cet espace de 18m² depuis six mois mais est kiosquier depuis 26 ans. « J’étais horticulteur, je travaillais dans une boîte qui était merveilleuse, raconte Eric. Un jour, une grosse maison est arrivée et a tout racheté. Je me suis retrouvé à crier « 5francs les trois bottes d’anémones » et comme je ne savais pas le faire, j’ai changé de boulot. On arrive marchand de journaux par accident » conclut-il désabusé. Benoît, 28 ans, est moins pessimiste, ou pas encore. Il était steward sur le TGV Atlantique mais en avait « marre de partir » et voulait travailler à son compte. Un ami kiosquier l’a formé et a parrainé sa candidature auprès de la municipalité. Benoît postule maintenant pour un point de vente plus rentable. A l’origine du choix de ce métier, il y a forcément « un goût du papier, de la presse » selon Eric, il faut surtout « avoir le sirop de la rue »et « aimer le contact avec les gens ».


 200 renseignements par jour.

Benoît a une forte clientèle d’habitués avec qui, en quelques mots quotidiens, il crée une vraie relation complice. De son kiosque, il observe la vie du quartier, est connu de tout le monde, salue les uns et les autres, connaît les habitudes d’achat de chacun ou presque. En passant davantage de temps derrière sa caisse que chez lui, il a « l’impression de vivre un peu avec ces gens. Des clients me disent que je suis leur rayon de soleil de la journée… c’est formidable » confie Benoît. Aujourd’hui, il aide même un jeune habitué, qui se rend à unentretien, à refaire son nœud de cravate : « On fait tout ici ». La journée est rythmée par le passage plus ou moins ponctuel d’amis venant boire un café ou le remplacer quelques instants. Il en profite pour aller dans les toilettes du bar d’en face et évite ainsi d’utiliser, comme d’autres, la fameuse « technique de la bouteille d’eau ». Eric considère qu’il exerce un vrai travail de service public. Il renseigne 200 fois par jour des passants cherchant leur chemin ; la moitié n’est « pas très aimable ». Et sait être la seule personne à qui certains solitaires adressent la parole dans la journée. « On est des employés municipaux à bas prix » résume-t-il.

 BOUILLON_n°5 ok

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Written by Tilo Cosimo

17 février 2008 à 3 h 52 min

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