Madame Carambar

Une kiosquière sans journaux

Priver un kiosque de journaux est un acte d’exclusion symbolique et économique

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Le kiosque indépendant occupe le terrain des tactiques, car sans projet global, sans enjeu de pouvoir.   Partout et nulle part, investissant la globalité du mode de vie, présente dans les symboles et les réseaux de sociabilité formels et informels, mais résultant des tactiques, et à ce titre invisible (à tout le moins indiscernable), la culture locale serait donc le contraire du folklore*. Et j’ajoute le contraire du merchandizing.  *Marc Abeles “Le local à la recherche du temps perdu“, in revue : dialectique n°30, 1980, p.40.  

Les  kiosques marchandises ou supermarché représentent la stratégie publicitaire et du marketing contre l’identité locale. Ils vendent le confort de l’anonymat et en même temps pratique la pseudo culture du « welcome in a common world ». Pour départager ces deux univers, les chaînes de kiosques sont des espaces stratégiques uniformisés (lieux d’une stratégie de vente sur mesure) alors que les kiosques indépendants sont des espaces informels où ont lieu de multiples tactiques différentes.

 Welcome in a common World

La stratégie des multinationales de l’édition et de la diffusion de l’information imprimée s’imprime dans l’espace public comme quelque chose d’inaltérable. Michel de Certeau attribue à ce type de stratégies des conséquences multiples :

  1. Le pouvoir de maîtriser “le temps par la fondation d’un lieu autonome“ (« ‘Le propre’ est une victoire du lieu sur le temps »).
  2. Maîtriser les lieux par la vue et par la partition de l’espace vu (« une pratique panoptique » : tout autre objet vu d’un lieu est identifié comme autre ou même, ce qui permet de mesurer, contrôler et inclure les forces étrangères dans sa vision).
  3. Toute incertitude est transformée ainsi en autant d’espaces lisibles (‘le pouvoir du savoir’). De Certeau stipule que ceux qui privilégient cette stratégie misent sur la résistance au temps par l’établissement d’un lieu propre (les kiosques Relay et Naville) ; la tactique mise elle, sur l’habile utilisation du temps, des occasions qu’elle présente et aussi sur des jeux qu’elle introduit dans les fondations d’un pouvoir.

Michel de Certeau, L’invention du quotidien, éd. Gallimard, 1980, p. 59-61.

L’enseigne du kiosquier indépendant devient ici désuette. Le déséquilibre entre l’identité d’une entreprise de normalisation et les kiosquiers indépendants induit une forme de cannibalisme du grand sur le petit. Le fait de ne plus recevoir ce qui représente son identité, à savoir ses journaux, peut être considéré comme un acte d’exclusion symbolique et une imposition des conditions de travail.

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Written by Tilo Cosimo

17 février 2008 à 23 h 12 min

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